De l'eau au moulin

Published on 10 janvier 2019 |

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[Agrinnov] REVA, un réseau pour expérimenter de bonnes pratiques agricoles (3)

Par Lionel Ranjard, Directeur de recherches, Inra, UMR Agroécologie
Elisabeth d’Oiron, présidente de l’Observatoire Français des Sols Vivants (OFSV)
Christopher Robert (OFSV)
Nicolas Chemidlin, UMR Agroécologie, AgroSup Dijon

Le REVA (Réseau d’Expérimentation et de Veille à l’innovation Agricole) est un organe de travail de l’OFSV (Observatoire Français des Sols Vivants). Il réunit des agriculteurs formés aux outils de mesure de la qualité des sols (voir ici et ici). Tous les utilisent en routine avec pour objectif de faire évoluer leurs systèmes de culture vers une durabilité environnementale et économique en les enrichissant des bonnes pratiques qu’ils ont mesurées et observées ensemble, les uns chez les autres.

 Une aventure humaine et d’utilité publique

Le Reva est la seule organisation dans laquelle les chercheurs, les formateurs et les techniciens se mettent au service des agriculteurs avec un objectif commun : apprendre à identifier les combinaisons de pratiques qui assurent une production agricole respectueuse des milieux.

Les agriculteurs y apportent leur expérience agronomique et leur vision holistique de l’agriculture, avec la nécessité supplémentaire de faire évoluer leurs entreprises pour s’adapter aux nouveaux enjeux écologiques tout en restant économiquement viables. Ils inscrivent leurs résultats dans la base de données de l’OFSV.

Les chercheurs – pédologues, écologues agronomes, statisticiens, sociologues, mathématiciens, experts en Outils d’Aide à la Décision, etc. –  non seulement métissent leurs compétences, mais aussi passent d’une approche factorielle et expérimentale de l’impact des pratiques sur les sols à une étude plus observationnelle mais surtout, systémique, de cet impact sur la performance environnementale des systèmes de culture. Ils calibrent des outils pour équiper les agriculteurs, et exploitent la base de données de l’OFSV afin d’affiner les référentiels et partager les savoirs.

Quant aux conseillers agricoles des Chambres et autres structures, ils apportent leurs compétences d’accompagnement au changement, pour que les agriculteurs puissent passer du diagnostic à l’action amélioratrice, et mesurer l’évolution de leurs performances. Ils extraient de ces expériences les éléments d’un conseil agricole revisité : diffuser une agroécologie qui induit de la fertilité en cultivant la qualité biologique des sols.

Le sol, milieu complexe et cité prospère

Le sol est un organisme vivant, une sorte de grande cité au sein de laquelle des populations cohabitent d’autant mieux que les habitats sont adaptés et nombreux, et que les ressources alimentaires sont diversifiées et suffisantes.

L’agriculteur doit donc entretenir et développer l’habitat, organiser la production des ressources alimentaires et protéger la cité et ses habitants d’une agression extérieure.

Lors des premiers diagnostics Reva, chaque agriculteur observe « la cité » qu’il administre. Les indicateurs fournissent un état des lieux, sans qu’il soit encore possible  de l’expliquer. Néanmoins, le postulat est simple : mieux se porte la cité, plus les pratiques mises en œuvre dans le système de culture se compensent bien, moins elles font de tort à ses équilibres.

Lorsque, au contraire, les résultats traduisent un déséquilibre ou une faiblesse, les agriculteurs émettent des hypothèses sur leurs causes possibles pour améliorer les composantes de leurs systèmes de culture, afin que l’ensemble de la cité prospère et fournisse en retour les services écologiques attendus.

Du constat individuel…

Prenons un exemple. L’agriculteur qui détient cette parcelle a d’abord observé (fig. 1, a) qu’aucune  valeur n’était en dessous des seuils d’alerte (ligne rouge) et que, dans l’ensemble, la qualité de ses sols était bonne. Dans un second temps, il constate que plusieurs valeurs sont au-dessus des seuils d’optimum (ligne verte) et que globalement, dans le radar, ses résultats couvrent une surface plus grande que celle des seuils d’optimum. Son enjeu : maintenir ce niveau de qualité, tout en améliorant les paramètres inférieurs à leur seuil d’optimum ; bref, offrir de meilleures conditions de vie aux lombrics, qui constituent la population la moins « épanouie » dans sa cité.

En parallèle, dans son système de culture en semis direct sous couvert, il a prélevé sur une parcelle qui était semée en colza après un blé et sans interculture. Bien qu’il soit en semis direct, qu’il ait broyé ses pailles de blé sur la parcelle, la richesse lombricienne est moyenne (fig. 1, b). Son plan d’action est de réduire le recours aux anti-limaces, pour préserver la population lombricienne d’une agression extérieure, et d’introduire des couverts entre ses cultures de vente, pour mieux assurer la réserve alimentaire des lombrics et les inciter à prospérer.

… aux comparaisons « benchmarkées »

Sur la figure 2, trois parcelles proches présentent des qualités de sols comparables et portent des systèmes de culture différents, bien qu’assurant des productions identiques.

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Accéder au .pdf de la figure 2.

Ces parcelles ont en commun de présenter un indice de structure des nématodes sous le seuil d’alerte, qui traduit une faible complexité du réseau trophique.

En comparant leurs cas, les agriculteurs ont postulé que cet état pouvait être lié à des rotations courtes, pas toujours intercalées de couverts, avec une présence importante de crucifères, et à des différences de travail du sol qui impactent les lombriciens et les microorganismes. Ils prévoient d’augmenter la diversité des cultures et des couverts, qui favorise la complexité de la chaîne trophique, tout en réduisant le travail du sol dans la parcelle en labour pour améliorer la stabilité du milieu et son assurance écologique.

Lors de ces comparaisons, des discussions agronomiques très fines se sont engagées entre eux. Il s’agit, véritablement, de benchmarking 1 agricole.

Les diagnostics ultérieurs permettront de vérifier que les changements de pratiques ont produit leurs effets, et que, pour chaque parcelle, la « cité » sol et ses habitants ont prospéré. Démultipliées au fur et à mesure que s’étendra le réseau, ces expériences permettront 1) à un plus grand nombre d’agriculteurs  d’améliorer leurs pratiques 2) aux chercheurs de disposer d’assez de données pour mesurer des tendances et comprendre l’impact des pratiques sur les sols. C’est pourquoi l’engagement de nouveaux partenaires – agriculteurs, chercheurs, conseils et institutions – dans le Reva est un enjeu si important.

  1. Analyse d’une expérience extérieure prise comme standard dans une démarche d’amélioration de la qualité des produits ou des process, selon le Cambridge Dictionary

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