Un feuilleton de Stéphane Thépot.

( [Autruches] Une formation à guichet fermé (5/7) – SESAME


Croiser le faire

Published on 23 mai 2017 |

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[Autruches] Une formation à guichet fermé (5/7)

Un feuilleton de Stéphane Thépot.

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En dépit d’un intense lobbying, l’association des éleveurs d’autruches semble avoir fait son deuil d’un changement de définition légale de l’autruche en France, animal « non domestique». « On n’arrivera pas à changer le statut », reconnaît Anne-Marie Brisebarre. Sur le terrain, force est de constater que nombre d’élevages sont ouverts au public – occasionnant au passage d’autres « papiers » à remplir, dossiers à instruire et argent à investir – ce qui peut davantage les rapprocher des parcs d’attractions que des élevages conventionnels, au sens où la profession agricole l’entendait jusqu’à présent. Mais avec la multiplication des fermes pédagogiques et autres opérations d’ouverture des exploitations au public, les pionniers de l’élevage de ces « grands trucs en plume » n’ont-ils pas été précurseurs d’une évolution de beaucoup d’autres élevages ? A Bozouls, le cousin de Christian Vigouroux héberge des touristes dans des yourtes. Daniel Frank constate que ces hôtes le pressent toujours de questions sur ses volatiles exotiques, mais rarement sur son troupeau de vaches. Nos placides ruminants bien-de-chez-nous ne sont pas des bêtes de cirque. L’éleveur aveyronnais a aussi hébergé un moment des buffles confiés par un voisin. L’Aveyron serait-il en passe de devenir une nouvelle ménagerie ?

Faute d’avoir pu se débarrasser de la tutelle jugée encombrante du ministère de l’Environnement l’association des éleveurs d’autruches mise sur la formation pour refonder un embryon de filière. Sous l’impulsion de Pierre Hitier, trésorier de l’association, un lycée agricole charentais a mis en place une formation pour les futurs éleveurs en 2013. « On marche à guichets fermés » se félicite ce producteur de cognac. Vétérinaire de formation, il s’était lancé dans l’élevage d’autruches dans les années 90 et vient de transmettre son affaire à un jeune qu’il a lui-même formé pendant deux ans. Le Centre de Formation Professionnelle et de Promotion Agricole (CFPPA) de L’Oisellerie accueille chaque année une quinzaine de stagiaires qui viennent de toute la France et des DOM-TOM. Pendant une semaine, ils découvrent les subtilités techniques de l’élevage des autruches, visitent un élevage et un abattoir et sont sensibilisés aux aspects économiques et juridiques du secteur. Au passage, ils décrochent un autre certificat d’aptitude, indispensable pour avoir le droit de transporter des autruches en France. « Les pionniers ont la volonté de transmettre », applaudit Anne-Marie Brisebarre.

Pierre Hitier se souvient de ses premiers pas dans cet élevage si particulier. « On avait 40 à 50% de pertes ». Si l’autruche adulte, transplantée de ses terres africaines, s’adapte remarquablement bien à notre climat, les autruchons sont beaucoup plus délicats. « Si on n’aide pas le poussin à sortir de son œuf, il meurt. Il faut ensuite lui apprendre à manger et à boire », explique l’ancien vétérinaire charentais. A Bozouls, Daniel Frank confirme. « Les autruches ne craignent pas le froid et sortent même s’il neige. J’avais construit un abri dans le parc des adultes, mais elles n’y allaient jamais. En revanche, je n’ai jamais compris pourquoi je pouvais avoir autant de mortalité chez les jeunes. Parfois, sur 140 œufs, je n’obtiens que 40 petits et à peine une dizaine qui survivent plus d’un an ». A Monclar-de-Querçy (Tarn-et-Garonne), Ulrike avait « trouvé le truc », comme elle dit. D’origine allemande, elle a élevé avec succès des autruches pendant dix ans, de 2002 à 2012, sur la petite exploitation où elle a commencé à cultiver des légumes bio avec son mari en 1987. Le couple a pourtant lâché progressivement cette production dès 2008, quand le boucher qui détaillait la viande est parti à la retraite. « Il fallait faire une heure de route pour faire abattre une autruche à Villefranche-de-Rouergue (Aveyron), où l’on pouvait attendre deux ou trois heures », raconte Ulrike. Avec un seul mâle et deux femelles reproductrices, ces néo-agriculteurs, ingénieurs agronomes de formation, arrivaient à obtenir 60 à 80 petits, qu’ils revendaient ensuite à des éleveurs de toute la région. « J’ai finalement jeté l’éponge quand la couveuse est tombée en panne et qu’il a fallu commander la pièce défectueuse aux Pays-Bas», explique l’agricultrice bio.

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