Quel heurt est-il ?

Published on 18 janvier 2018 |

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[bien-être animal] Et les consommateurs ? (4)

Par Sylvie Berthier. (Article précédent).

Malgré tout, et tout en reconnaissant les limites et dérives du système conventionnel, Isabelle Veissier se refuse d’opposer élevage traditionnel et industriel : « Avant, on clouait les pattes des oies pour les nourrir et les vaches crevaient de faim ! », rappelle-t-elle. Optimiste, elle raconte les partenariats chercheurs-éleveurs qui innovent, les cahiers des charges alternatifs qui se développent et des niches qui finissent par essaimer. Il est vrai que  les expérimentations en ce sens vont bon train, à l’instar du laboratoire d’innovation territoriale Ouest Territoires d’Elevage1, associant chercheurs, agriculteurs, consommateurs et ONG. « Il s’agira de repérer, tester et valider de nouvelles innovations pour réduire les risques de douleurs, de stress, limiter l’usage des antibiotiques » explique Jean-Louis Peyraud. Et ce, tout en créant de la valeur, via le développement de circuits courts et la création d’un label.

Label et la bête

Valeurs et labels, les nouvelles mamelles de l’agriculture ? Du côté des agriculteurs, dont 1/3 gagnent moins de 350 euros par mois, il y a urgence, mais les consommateurs sont-ils prêts à payer plus ? Oui, mais de manière limitée. Selon l’eurobaromètre, 59% des citoyens européens se disent prêts à payer plus pour des produits provenant de systèmes de production respectueux du BEA mais dans des proportions limitées, le seuil critique se situant autour d’un renchérissement des prix de 5%. Car aujourd’hui, très largement, c’est encore le prix qui pilote l’acte d’achat. La Suisse2 en a d’ailleurs fait récemment l’amère expérience. Des règles de production strictes ont conduit à une baisse de sa production porcine, les consommateurs préférant acheter des produits d’importation moins chers. Pour l’économiste Nicolas Treich, « si nous voulons améliorer de manière significative les lois en Europe, cela doit se doubler de lois protectionnistes. On peut le faire, en agissant sur certains critères à l’OMC. »

Quant aux mangeurs soucieux des conditions d’élevage, ils sont de plus en plus nombreux à s’orienter vers le bio et le label rouge, dont les cahiers des charges vont plus loin en matière de sevrage des porcs, d’accès à la pâture, de densité moindre… N’empêche, ces filières ne sont pas épargnées par la critique. « C’est bon, c’est bio, mais c’est moche », titrait Libé3 en août dernier, rappelant que « les mutilations, les espaces réduits et la douleur des bêtes restent monnaie courante. »  Dans ces conditions, la tentation véget/végane gagne du terrain. Selon Anne-Charlotte Dockès de l’Idele4, 14 % des consommateurs déclarent envisager de cesser leur consommation de viande et 18 % de la diminuer. Et l’on sait que la société est capable de faire basculer le système. Prenez les œufs provenant de systèmes d’élevage en batterie. C’est fini. De la distribution à la restauration collective, en passant les fabricants et l’hôtellerie, tous ceux qui comptent sont engagés ou ont pris date au plus tard pour 2025 pour les bannir 5. Plus trop le choix, un changement de paradigme est à l’œuvre. Si tous les acteurs impliqués dans l’élevage veulent endiguer l’hémorragie, « les animaux devront être élevés dans des conditions acceptables par tous », prévient A.-C. Dockès. Et, ce, de leur naissance jusqu’à leur mort. Comme le résume I. Veissier, il va falloir « briser les frontières entre disciplines et engager les porteurs d’enjeux et la société dans son ensemble, afin d’améliorer efficacement le bien-être des animaux. »

La suite

[bien-être animal] Quand les omnivores minorent la souffrance animale.


  1. http://wikiagri.fr/articles/elevage-louest-travaille-au-bien-etre-de-ses-animaux/15714
  2. http://www.agronegocios.es/las-tendencias-consumo-las-necesidades-una-produccion-porcina-sostenible-difieren/
  3. http://www.liberation.fr/futurs/2017/08/20/souffrance-animale-c-est-bio-c-est-bon-mais-c-est-moche_1590968
  4. Institut de l’élevage. http://www.paysan-breton.fr/2017/09/faire-du-bien-etre-animal-un-atout/
  5. https://www.l214.com/distributeurs-bannissant-oeufs-batterie

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One Response to [bien-être animal] Et les consommateurs ? (4)

  1. LIENARD Gilbert says:

    Je rappelle que « le bonheur est dans la prairie » où se retrouvent vaches et brebis allaitant leur veau et agneau jusqu’au tarissement, en groupes familiaux, avec aussi des « compagnons ». Faites le mieux connaitre ! Isabelle a raison de rappeler que, « autrefois », les animaux étaient souvent dans des conditions bien plus difficiles. Je les ai personnellement connues, étant né dans une ferme : vaches attachées toute l’année, abreuvées au seau matin et soir, sous-nourries avec du foin tardif, métrites [NDLR : infection aiguë ou chronique de l’utérus], fièvre aphteuse, tuberculose puis brucellose,- lapines isolées dans leurs clapiers, etc., etc. C’étaient les chevaux de labour qui étaient les plus « heureux », compagnons de travail pendant des heures, dehors… par 2 ou 3 avec nous !

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