À mots découverts

Published on 12 juin 2017 |

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[Chiffres] Le cas de l’Afrique [5/9]

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Par Valérie Péan.

Reste toutefois le cas de l’Afrique, pour laquelle la FAO préconise de doubler, voire de tripler la production agricole. Un chiffre que reprend Jean-Christophe Debar 1, de la fondation FARM lequel précise par ailleurs que le pourcentage de 60% d’augmentation de la production agricole s’adosse en fait aux besoins de… 2005. Pour lui, « Certes, la sécurité alimentaire ne se résume pas à produire plus. L’accès à l’alimentation, donc le pouvoir d’achat, reste le premier facteur. Mais historiquement, si le pourcentage de personnes qui sont sorties de la faim a assez fortement diminué depuis près de 25 ans, c’est dû aussi pour partie à l’accroissement de la production. Concernant l’Afrique, une étude récente commanditée par l’Union africaine rejoint les grandes tendances de l’étude FAO. Pour simplifier, aujourd’hui, l’Afrique augmente sa production chaque année de l’ordre de 2 à 2,5% par an. Selon ce document, si l’on veut aboutir à un niveau de sécurité alimentaire qui ne dépende pas trop des importations, il faudrait passer à un peu plus de 5% chaque année. Projeté jusqu’à 2050, cela signifie qu’il faudrait multiplier la production par 2,5.  Et si on tient compte du changement climatique, il faudrait même tripler la production. ».

Un objectif qui n’inquiète pas G.F. Dumont au regard des marges de progrès possibles sur ce continent. D’ailleurs, certains pays connaissent déjà des niveaux de production plus qu’honorables, comme l’Angola ou encore la République du Congo, « lequel dispose d’un potentiel qui permettrait de nourrir 700 millions de personnes… »
Résumons. Une moyenne qui n’a pas de sens à l’horizon 2050, corrélée à  un chiffre global de production agricole, le tout au nom de la sous-alimentation corrélée en fait à d’autres facteurs, et sans tenir compte de la malnutrition…  Eh bien, gageons pourtant que dans les mois voire les années à venir, nous continuerons à lire et à entendre ces hypothèses quantitatives comme autant de certitudes à l’appui de stratégies privées comme publiques.

« Qui est responsable de donner les bons chiffres, d’utiliser les bons indicateurs, d’élargir la vision, ne plus discuter simplement de rendements et de quantités, alors qu’on sait depuis au moins 30 ans que la discussion doit être multi-indicateurs ? » tempêtait Philippe Baret à Marciac l’été dernier.  « Fin juin 2016, j’étais à la FAO où j’ai entendu le même genre de discours et je leur ai demandé : quand allez-vous calculer les chiffres en termes d’emplois, quand allez-vous prouver que c’est soi-disant le modèle du petit entrepreneur sur 10 hectares qui fait sens pour l’Afrique… ? Moi, je peux vous dire que, pour le Burundi, ce modèle implique 9 emplois perdus en agriculture ! »

Qui doit relever le défi statistique ? Pour Jean-Christophe Debar, « On est en face d’un bien commun. On pourrait penser que c’est au collectif, aux Gouvernements, aux Etats. La FAO a engagé des choses, certaines initiatives privées le font. Il y a de petits progrès, mais on est tellement loin du compte. »

P. Baret reprend : « Je ne comprends pas l’incapacité à fournir les chiffres qui permettraient de mettre de l’intelligence dans le débat. Ce n’est pas à nous, les « petits », qui travaillons avec les paysans sans moyens, de documenter le débat du côté des « gros ». Et les gros parlent toujours avec des tonnes et des raccourcis. Et quel est l’engagement des gros acteurs du secteur qu’ils soient politiques, économiques ou scientifiques pour nous fournir ces chiffres ? ». Une question qui reste en suspens.

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  1. J.-C. Debar, ingénieur agronome, dirige la Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde (FARM). Lire, dans le cadre des 22èmes Controverses européennes de Marciac, la Dispute entre E. Fouilleux et J-C. Debar : « L’agriculture française pour nourrir le Monde : rompre avec une fable? »




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