À mots découverts

Published on 12 juin 2017 |

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[Chiffres] Une méthode à déchiffrer… (3/

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Par Valérie Péan.

Oublions donc cette moyenne de 9,7 milliards qui n’a guère de signification, pour explorer la fourchette toute entière. Alors, la balance penchera-t-elle plutôt vers 8 ou vers 11 milliards ?

Difficile, voire impossible à dire. D’autant que les scénarios sur lesquels s’appuie cette fourchette ne sont pas toujours suffisamment argumentés. « Je ferai un reproche aux agences des NU, tout comme à l’Insee d’ailleurs, c’est que les hypothèses ne sont jamais explicitées, ne serait-ce que les définitions. Par exemple, quand on compte les naissances, intègre-t-on ou pas les enfants mort-nés ? Pour en venir à l’Insee, que signifie cet indice de fécondité de la France de 1,93 enfant par femme en 2016, qui amalgame les données métropolitaines avec celles de la Guyane ou de Mayotte dont le régime démographique est totalement différent ? ». Et de saluer a contrario l’annuaire démographique publié par le Conseil de l’Europe, remarquable par son harmonisation des définitions… mais dont la publication a hélas cessé.  Un point sur lequel serait sans doute d’accord G. Pison, lui qui précise avoir justement mis à la disposition du public une présentation détaillée des méthodes statistiques utilisées par l’Ined sur le site web de l’Institut.

Métadonnées, vous avez dit métadonnées ?

Bref, terminologie floue, impasse sur les conditions de recueil des données, silence sur leur traitement… Il manque là tout un pan d’informations permettant de comprendre les choix à l’œuvre et les manières de procéder. Ce que O. Rey appelle les « métadonnées » censées accompagner systématiquement toute diffusion d’une statistique pour aider à son interprétation correcte. N’y aurait-il pas là, effectivement, une belle avancée pour améliorer « l’intelligence des choses » à laquelle nous invite cet auteur?

Pas si simple, tempère-t-il dans son ouvrage. « La vérité est que ces métadonnées, lorsqu’elles sont présentes, ou bien sont écartées avec impatience, comme autant de parasites importuns au message véhiculé par les résultats finaux (…) ou bien font si bien mesurer les limites de l’information contenue dans les données que celle-ci perd une bonne part de son intérêt » ? Et de résumer en une phrase la peu réjouissante alternative : « Des données sans métadonnées sont trompeuses, mais avec beaucoup de métadonnées elles deviennent inutiles ».

Ce qui compte, ce n’est pas « combien » mais « où »?

Faute de tels éclaircissement, que dire à propos de l’horizon 2050 ? Pour G.-F. Dumont, tout dépendra de quatre facteurs : une alimentation suffisante et équilibrée, l’absence de conflits géopolitiques majeurs, la prévention des surpollutions mortifères, des réseaux sanitaires suffisants et le respect des règles d’hygiène.

Prenons la mortalité. Celle-ci peut connaître des ruptures majeures, et pas seulement à cause de conflits et de guerres. Les agences des NU semblent partir du principe qu’une fois acquis un certain niveau d’hygiène et de conditions sanitaires, celui-ci ne régresse plus. Or  ce n’est pas forcément ce qu’on peut observer, y compris dans les pays développés. « Du fait de la montée de la précarité et du sida, des maladies que l’on croyait disparues de nos pays refont en effet leur apparition, comme la tuberculose et la diphtérie. Si l’on y ajoute la possibilité de nouvelles maladies infectieuses, mais aussi les comportements plus à risque chez les jeunes générations actuelles et l’impact de la pollution, rien ne dit que l’espérance de vie continuera de progresser. Ailleurs, la peste, le choléra et autres pathologies se redéploient, surtout là où les conflits font rage ». Pour le géographe, reste une certitude : l’avenir n’est pas écrit ! Non seulement il demeure indéterminé, mais il est quasiment certain qu’il sera très différent d’un pays à l’autre.

Du coup, « ce qui compte », reprend G.F. Dumont, « ce n’est pas combien les humains seront en 2050, mais où ils seront ». Un même nombre d’habitants n’a rien à voir selon qu’il s’agit de la Finlande ou d’un pays du Sud. Les systèmes démographiques, la pyramide des âges diffèrent complètement, ce qui appelle des besoins très contrastés. L’uniformisation des régimes paraît très peu probable. « En la matière, il n’y a pas de mondialisation ! »

(suite)




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