Quel heurt est-il ?

Published on 21 novembre 2019 |

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[Conscience des animaux] Regards et réactions

Dans le dossier sur la « Conscience des animaux : Quels consensus scientifiques ? », Pierre Le Neindre et Georges Chapouthier nous invitent, d’une certaine façon, à débattre. Dans un premier temps, Sesame a demandé à des chercheurs et acteurs de toutes disciplines de nous livrer un commentaire. Regards et réactions…

 « La démonstration scientifique ne suffit jamais en soi »
(13 décembre 2019)

Damien Baldin, historien, auteur de Histoire des animaux domestiques, xixe – xxe siècles, Editions du Seuil, 2014, Prix Jacques Lacroix de l’Académie française. Voir l’entretien filmé (3’) tourné en 2014 sur AgrobiosciencesTV

Les dernières connaissances scientifiques sur la conscience des animaux vont-elles ou ne vont-elles pas bousculer les rapports des hommes et des animaux ?
En fait, cette question ne concerne pas uniquement les animaux. Elle est beaucoup plus large et concerne aussi bien la santé que l’environnement. Nous pourrions la reformuler ainsi : que fait-on d’une avancée scientifique qui vient contredire nos comportements individuels et nos politiques publiques ?
Si l’on prend l’histoire du climat, des faits aujourd’hui scientifiquement établis devraient en toute logique et en toute rationalité entraîner telle ou telle décision personnelle et politique. Mais, malheureusement, c’est plus compliqué que cela. La démonstration logique, scientifique ne suffit jamais en soi, directement, à modifier les comportements, ni même les politiques publiques. Il y a toujours un temps plus ou moins long entre l’établissement de nouvelles connaissances scientifiques et les effets sociaux et politiques qu’elles peuvent provoquer. C’est l’histoire du rapport entre sciences et société, entre faits scientifiques et faits sociaux.
Mais la société aussi influence la science. C’est le cas pour les animaux. Il est certain que si les sciences arrivent aujourd’hui à établir autant de nouvelles vérités scientifiques sur la conscience des animaux, c’est aussi parce que nos sociétés, notamment depuis la fin du 18e siècle, ont une envie croissante de prendre soin d’eux, de s’intéresser à eux et donc favorisent la recherche en ce sens. C’est donc notamment cette attention historique aux animaux qui oriente les choix de la science. Et, c’est parce qu‘il y a une attention sociale, affective envers les animaux, que les scientifiques se saisissent de cette question et progressent dans leur recherche.



Être conscient de la conscience animale
(20 novembre 2019)

Jean-Pierre Kieffer, Dr vétérinaire, Président de l’OABA (Oeuvre d’Assistance aux Bêtes d’Abbatoir)

La théorie de Descartes de l’animal-machine a laissé des traces dans la perception des animaux. Les animaux de rente sont encore considérés comme des produits agricoles issus d’exploitations agricoles. Les termes sont significatifs !
Aujourd’hui, s’il est admis que l’animal est un être sensible, il est plus difficile de lui attribuer une conscience, c’est-à-dire la capacité d’appréhender le milieu dans lequel il se trouve,de se représenter dans son environnement et par rapport aux autres.
Si la bientraitance par l’homme est un préalable indispensable au bien-être des animaux, cela ne suffit pas. Il faut intégrer l’état mental des animaux en fonction de leur perception de la situation, leur ressenti, donc leur niveau de conscience.Les animaux possèdent les substrats neurologiques (anatomiques, chimiques, physiques) pour éprouver des émotions, ils ont des capacités cognitives plus ou moins complexes. On parle alors de conscience animale.
L’Anses 1a publié en avril 2018 un avis scientifique en ajoutant un sixième critère à la définition du bien-être animal : les attentes de l’animal : « Le bien-être d’un animal est l’état mental et physique positif lié à la satisfaction de ses besoins physiologiques et comportementaux, ainsi que de ses attentes. Cet état varie en fonction de la perception de la situation par l’animal« .
Une ambiguïté repose sur les termes français de sensible et de conscience. Le premier peut évoquer l’émotivité, la sensibilité et le second peut renvoyer à la conscience morale qui permet de porter des jugements sur le bien et le mal.
Le mot sentience utilisé par les Anglo-Saxons tend à s’implanter dans le vocabulaire scientifique. On l’utilise pour désigner la sensibilité associée à la conscience animale. Son usage pourrait éviter bien des discussions de sémantique.
L’essentiel est de comprendre la vie mentale des animaux pour mieux les traiter, c’est une responsabilité de ceux qui utilisent les animaux en élevage.


« Le chercheur devrait se comporter
comme un lanceur d’alerte »
(12 novembre 2019)


Isabelle Veissier, Équipe CARAIBE – UMR sur les Herbivores –
Université Clermont Auvergne, INRA, VetAgro Sup, UMR Herbivores, Saint-Genès-Champanelle

J’ai parcouru l’interview de Pierre Le Neindre. Il reprend des idées que nous avons longuement débattues entre nous et avec lesquelles je suis d’accord.
Sauf peut-être le fait que le chercheur ne fait que donner des informations à la société et que c’est à d’autres de décider.
En fait, le chercheur devrait se comporter comme un lanceur d’alerte un peu plus souvent. Nous avons tendance à rester dans notre tour d’ivoire et à ne répondre que si nous sommes interrogés. Il nous faudrait être plus proactifs. Mais ce n’est pas dans nos habitudes et nous sommes évalués essentiellement sur la production de connaissances (publications


  1. Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

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