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Croiser le faire

Published on 19 avril 2017 |

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[Microfermes] Guillaume ou le discours de la méthode

Par Yann Kerveno.

Hors-cadre familial, venu d’un autre horizon professionnel, Guillaume Boitel a créé une petite ferme en maraîchage bio intensif dans la Meuse. Pas complètement rêveur, même s’il tient à ses convictions dur comme fer, il a construit le succès de son aventure avec une rigueur toute scientifique.

Guillaume Boitel « Mon projet tient la route aujourd’hui, parce que j’ai eu une réflexion très économique et que je suis très attentif à l’organisation du travail.» Photo Yann Kerveno

Il faut imaginer la Meuse. La vallée de la Meuse en février, Commercy, son château, Stanislas et consorts. Le temps d’hiver qui roule ses nuages avec gourmandise. La terre qui attend le renouveau, proprement serrée dans ses labours ici, sous le blé patient un peu plus loin. Guillaume a les mains dans la terre. Dans un tunnel un peu l’écart de ses jardins, il prépare ses semis, puisqu’il fait tout lui-même. C’est un besoin impérieux qu’il a de tout maîtriser pour limiter au maximum les intrants, peut-être aussi pour avoir la main sur tout, ne rien devoir à personne. D’ailleurs, il n’y a probablement que lui qui peut s’y retrouver. Sa ferme est un vaste chantier. Imaginez. Il produit plus de cinquante espèces ou variétés différentes sur 5900 m2 de cultures dont il commercialise les produits au sein de l’Amap qu’il a créée.

« IL FAUDRA QUE ÇA RAPPORTE. »

Des fermes de ce genre, la Lorraine en compte plus d’une centaine basées sur le maraîchage intensif et la vente directe. Avec une approche construite d’abord sur le revenu et le bien-être de l’agriculteur. « Pour moi c’était une recherche d’équilibre, il fallait que ce soit intellectuellement confortable, financièrement possible » justifie-t-il. « C’est important, parce que même si ce métier est une passion, il est hors de question que le travail ne soit pas payé! Si nous voulons avoir une vraie paysannerie dans le futur, il faudra que ça rapporte pour être attractif. Il ne faut pas espérer faire rêver les gens avec une rémunération à 600 € pour 2 000 heures de travail par an. » Guillaume a calculé différemment. « Mes légumes n’ont pas de prix, mais mon temps de travail en a un. J’ai décidé ce que je voulais gagner, 1600 euros par mois, pour un volume de travail de 1800 heures à l’année. »

RÉFLEXION ÉCONOMIQUE.

« J’agis sur deux leviers. Le chiffre d’affaires et les charges. Mon problème, c’est que j’ai du mal à activer le premier, parce qu’il passe par une augmentation des prix. Je veux que mes produits restent accessibles à tous. » Son chiffre d’affaires, 36 000 euros, est sécurisé par la vente de paniers via l’Amap. Quant à l’autre levier, les charges, Guillaume explique: « J’ai pu jouer dessus en m’appuyant essentiel- lement sur du matériel d’occasion. Cela dit, sur ce sujet, il faut être attentif et ne pas s’arrêter au seul coût du matériel. Acheter un tunnel d’occa- sion implique par ailleurs des heures de travail non négligeable – aller le démonter, le ramener, le remonter… » Autant de coûts à calculer préci- sément. « Mon projet tient la route aujourd’hui, parce que j’ai eu cette ré exion très économique et que je suis très attentif à l’organisation du travail. » Sur la table de la cuisine, il montre les tableurs de plani cation, l’agenda dans lequel semaine après semaine il reporte les tâches à effectuer. Dans trois ans, il aura amorti la plupart de ses investissements. « Aujourd’hui, j’ai environ 16 000 euros de charges, elles baisseront alors à 12 000 euros, parce que certaines sont incom- pressibles, voire augmentent sans cesse, comme les assurances par exemple. Le vieux tracteur que j’utilise 50 heures par an me coûte plus cher en assurance qu’en fuel ! » Au terme de ses rembour- sements, ses charges lui laisseront 24 000 euros pour se rémunérer et faire tourner l’entreprise.

PART FIXE ET VARIABLE.

Le panier qu’il pro- pose est composé de deux tiers de produits dé nis par Guillaume, et d’une part « variable » que les adhérents peuvent composer à leur guise sur l’étal, au moment du retrait. Le prix du panier est xe. « Lorsque j’ai des surplus, je compose des paniers un peu plus gros. Les adhérents le savent, et ils savent aussi que les jours où il y a moins, ils ne seront pas lésés pour autant. Mais je refuse de vendre ailleurs qu’aux adhérents. » Pour l’année 2017-2018, Guillaume a pro té de l’hiver et de la période de dormance qu’il impose aux sols, pour élaborer son planning. Il cultivera encore cette année 50 espèces différentes dans ses tunnels et ses jardins intensifs, des planches de plein champ. Parmi ces 50 espèces, une petite quarantaine sont des légumes, le reste des herbes aromatiques. « Un peu moins de la moitié de la production est cependant réalisée par une dizaine d’espèces, de la tomate à la carotte en passant par la salade, les oignons, les betteraves… J’ai juste banni les pommes de terre à cause d’un problème de doryphores. »

ENVIE D’EN PROFITER.

« J’ai fait le choix de légumes nourrissant parce que le but, c’est de nourrir les gens et je fais des légumes courants pour ne pas les déstabiliser. Le besoin de diversité s’incarne plus souvent dans le discours que dans la réalité ! » Les paniers hebdomadaires sont constitués de 6 à 8 légumes, la part variable se compose ensuite parmi les 20 à 25 autres légumes disponibles. Après sept ans de travail, il considère avoir passé des étapes importantes, comme la cinquième année, souvent cruciale. « Ce sont des moments de remise en question, on a envie de se reposer un peu, d’en pro ter aussi pour essayer d’être plus ef cace dans le travail, essayer de réduire le temps de travail. » Il regarde notamment les rendements à l’heure de travail plutôt qu’à la surface… Et envisage, une fois ses amortissements réalisés, de travailler un peu moins, quitte à revoir la rémunération, parce qu’il veut passer plus de temps en famille.




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