Quel heurt est-il ?

Published on 20 juillet 2017 |

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Dossier loup : en proie aux doutes

Par Sylvie Berthier

Quel animal, mieux que Canis lupus, peuplant depuis des siècles les contes pour enfants et les mythologies du Sud au Nord de l’Europe, peut attiser autant les rumeurs, les fantasmes et la fascination ? Tour à tour symbole ambivalent de fécondité ou de destruction, de protection ou de punition, à la fois sauvage et sublime, adoré et maudit, le loup, qui peuplait largement le territoire français au 18e siècle (15 000 à 20 000 individus), avait totalement disparu de l’Hexagone dans les années 40. Mais voilà qu’au début des années 90, quelques spécimens choisissent de passer la frontière franco-italienne par les Alpes, colonisant le parc du Mercantour où la présence de l’homme s’avère clairsemée. Reste que, d’emblée, le carnassier, figure de la biodiversité et de la férocité, divise durement ses protecteurs et les éleveurs. Depuis, la situation n’a fait qu’empirer car, depuis son retour, la bête de la discorde ne cesse de progresser sur le territoire, occupant progressivement l’Est de la France, jusqu’aux Vosges et au Jura, puis le Massif Central et les Pyrénées.

360 loups, 42 meutes, 10 000 proies

A ce jour près de 360 loups sont recensés en France. Installés dans 57 ZPP (Zone de Présence Permanente), ils s’organisent en quelque 42 meutes (au moins un couple qui se reproduit), bien que de très nombreux loups restent solitaires. Au tableau de chasse de l’ensemble de ces prédateurs, près de 10 000 bêtes en 2016, un chiffre controversé par certains qui le jugent sous-estimé.

Espèce strictement protégée en Europe [1] par la Convention de Berne de 1979, ratifiée par la France en 1990, ces textes interdisent toute forme de mise à mort intentionnelle mais prévoient des dérogations, afin de prévenir des dommages importants portés au bétail.

C’est ainsi que le 20 juillet 2017, le Gouvernement français autorisait, par un arrêté [2] fixé par Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, et Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture et l’Alimentation, l’abattage de 40 loups dans les douze prochains mois, afin de limiter les dégâts sur les troupeaux. Quarante… autant que l’année précédente qui avait vu augmenter, malgré tout, le nombre de brebis et autres petits domestiques (veaux, chèvres) tués ou euthanasiés. D’où la question légitime de certains : à quoi alors bon tuer ces prédateurs ?

Réponse peut-être dans le futur plan loup 2018-2022 qui sera élaboré dès la rentrée, après concertation et une étude de pertinence de telles mesures de tirs. Car le risque est là : que certains bergers ayant perdu jusqu’à 20% de leur troupeau jettent l’éponge, ou que d’autres finissent, comme cela se fait dans certains pays limitrophes, par se faire justice par le braconnage ou l’empoisonnement, tant leur sentiment de ne pas être entendu, écouté, respecté devient insupportable.

Les moyens et enjeux d’une cohabitation avec le sauvage

Au-delà des polémiques opposant des individus aux postures stériles, ce dossier complexe et sensible instruit au fil des mois par Sesame recueillera témoignages et analyses afin de mieux comprendre les tensions qui se nouent autour du loup. Il cherchera également à répondre aux très nombreuses questions qui restent en suspens : l’augmentation des attaques vient-elle re-questionner le travail des éleveurs et des bergers, selon le territoire sur lequel ils travaillent ? Certaines filières, comme celle du Roquefort, sont-elles vraiment en danger ? Quid du partage des usages du territoire (élevage, tourisme…) ? Qu’en est-il de l’efficacité des mesures et moyens mis en œuvre pour protéger les troupeaux, des effaroucheurs aux clôtures, en passant par les tirs autorisés et le rôle et statut des chiens, les patous notamment ? Que dire de l’expertise et des moyens publics sur le terrain, pour identifier les loups tueurs, réaliser les tests ADN afin de déterminer s’il s’agit bien de loup, chien ou autre hybride (né de l’accouplement d’un chien et d’une louve ou le contraire) ? Enfin, le carnassier aux dents longues a-t-il pu réellement changer de comportement à l’encontre de l’homme au point de ne plus avoir peur de l’espace domestique ? Bref, comment garantir la défense du pastoralisme tout en protégeant ce prédateur, archétype des enjeux de cohabitation avec le sauvage [3] ?

Tant de questions et tant de doutes…

[1] D’abord protégée par la Convention de Berne du 19 septembre 1979 relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe, que la France a ratifiée en 1990. La directive européenne du 21 mai 1992 relative à la conservation des habitats naturels, ainsi que de la faune et de la flore sauvages, a également inscrit Canis Lupus dans son annexe IV qui liste les espèces nécessitant une protection stricte. Ces deux textes interdisent toute forme de « mise à mort intentionnelle » de ces espèces. Mais ils prévoient aussi une possibilité de dérogation pour différents motifs, parmi lesquels la prévention de dommages importants au bétail, « à condition qu’il n’existe pas une autre solution satisfaisante et que la dérogation ne nuise pas à la survie de la population concernée« .
Source Actu environnement, février 2016
[2] Arrêté du 18 juillet 2017 fixant le nombre maximum de spécimens de loups (Canis lupus) dont la destruction pourra être autorisée pour la période 2017-2018  (source legifrance.gouv.fr)
[3] In Le rapport homme-animal : évolutions passées et enjeux d’avenir.
Analyse du Centre d’études et de prospective du ministère de l’agriculture. Novembre 2016, encadré 2 (page 3) :
Le loup, archétype des enjeux de cohabitation avec le sauvage 

Nos autres papiers sur ce dossier :

[Dossier loup] Causses et Cévennes: le pastoralisme dans la gueule du loup (1)

[Dossier loup] Coexistence loup-pastoralisme, un château de cartes bâti sur du sable (un jour de grand vent) (2)

[Dossier loup] Puisqu’il le faudra bien, parviendra-t-on à faire avec les loups ? (3)

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14 Responses to Dossier loup : en proie aux doutes

  1. Sularec jean says:

    A quoi sert vraiment le loup nous en étions débarrassé depuis près de 100 ans il n y avait pas de problème avec les animaux domestiques . Maintenant c est la grosse pagaille .là. Je ne comprends vraiment pas . Que quelqun m explique

    • Sylvie Berthier says:

      Cher Jean, Nous vous remercions pour votre question. J’espère qu’au fil des contributions à ce dossier, des réponses vous seront apportées. Je peux vous dire tout de même que le loup n’a pas été réintroduit en France, mais qu’il a passé la frontière transalpine, à la différence de l’ours, autour duquel les tensions deviennent vives dans les Pyrénées.
      Cordialement

    • Akhé says:

      A quoi sert vraiment l’homme ? C’est finalement nous qui mettons la pagaille…
      Plus sérieusement, en tant qu’homme nous façonnons le paysage comme nous le souhaitons, et de plus en plus rapidement sans avoir conscience des changements drastiques que nous opérons. Par notre développement exponentiel, nous détruisons des écosystèmes, des équilibres, des espèces. Mais nous sommes dotés d’un sens moral qui nous dit, que c’est mal de détruire des espèces. Donc nous cherchons à les préserver. De plus la biodiversité est un gage de bonne santé, à toutes les échelles.
      Tout ça pour dire que si l’on veut maintenir en vie des espèces, qui sinon n’existeront plus qu’en photo dans un livre ou à la rigueur dans un zoo, il faut accepter quelques changements et des difficultés le temps qu’un nouvel équilibre soit trouvé. Pour atteindre plus vite cet équilibre, il faut agir en bon animal « d’intelligence supérieure » que nous sommes et nous poser les bonnes questions. Si le loup est revenu en France, c’est qu’il y avait peut être une place pour lui dans l’écosystème/qu’il est chassé de chez nos voisins/… Le dossier loup dit que la coexistence est impossible mais sur quelle échelles de temps nous basons nous ? Quelle est la cause des attaques (pas, peu de gibier, gibier trop farouche à cause des touristes ?, …) Beaucoup d’éléments sont à considérer et pour le moment, je n’en vois pas la trace dans ce dossier.
      S’il vous plait, écrivez un réel argumentaire sans parti-pris, comme le mentionne la ligne éditoriale.

      • Sylvie Berthier says:

        Bonjour,
        je vous remercie pour votre commentaire et vous rassure. Certains papiers édités dans ce dossier disent que la coexistence est impossible, mais d’autres articles viendront sans doute argumenter dans un autre sens. Toutes les questions que vous posez sont légitimes et méritent d’être posées et instruites. Mais il faut laisser un peu de temps à ce dossier de se construire… Cordialement.

  2. MODEF says:

    Bien évidemment que le loup a été réintroduit, la SEGO ne l’a pas démenti… La cohabitation avec le loup n’est pas possible. D’après les services de l’Etat, les loups ont fait + de 6000 victimes de juin 2016 à juin 2017.
    Un loup coûte à l’agriculture 50 000 euros par loup.
    Le loup ne sert à rien. D’ailleurs, depuis 2 ans les pare-feux n’ont pas été débroussaillés. Les bergers ont peur pour leur troupeau. Après, il ne faut pas s’étonner qu’il y a des feux comme dans le Var.

  3. REVELIN Michel says:

    Bonjour

    La présence du loup est une affaire complexe, qui ne peut être réduite à des slogans protecteurs de l’animal sauvage.
    A mon sens, différents éléments antagonistes se télescopent.Et pour le coup, à partir de mes investigations, qui demandent plus de temps et d’un minimum de recul, que de science infuse, il apparaît que la gestion actuelle de Canis lupus est contre-productive. Je dirais même que ,d’après les éléments que j’ai récolté, elle est désastreuse à deux niveaux.
    C’est tout d’abord une absurdité sociale si on prend la peine de regarder de près l’impact négatif de l’animal sauvage sur les activités d’élevage (je suis citadin et altermondialiste convaincu); impact social qui est au mieux minimisé par les défenseurs les plus ardents du loup.
    Cette tendance à sous-évaluer les problèmes des autres, on la retrouve dans la société en général. Si on s’implique un peu dans la vie sociale, citadine notamment, on voit bien ce « chacun pour soi » qui permet finalement au pouvoir politique et financier de faire ce que bon lui semble, au détriment des individus et aussi de l’environnement. Séparer le social de l’écologie est, à mon sens, au mieux une ingénuité, au pire une idéologie.
    Cette gestion lupine ensuite est une absurdité écologique à deux niveaux. Pourquoi?
    Parce que, tout d’abord, si on prend la peine de chercher dans les publications scientifiques, on s’aperçoit que la pastoralisme est créateur de biodiversité à travers l’entretien des prairies. En effet ces prairies, de broutage ou de fauche, produisent plus de biodiversité, végétale ou animale, que les friches ou que les forêts (les publications scientifiques sont abondantes la dessus, et aussi celles naturalistes comme FNE ou d’autres). Et la gestion actuelle du loup conduit à fragiliser les pastoralisme, à lui faire abandonner des secteurs de pâtures qui sont ainsi livrés aux friches. sans parler du « surpâturage », que les plans agri-environnementaux avaient, depuis plus de vingt ans, fortement réduit, mais qui depuis la venue de Canis lupus est à nouveau à l’ordre du jour. Car les pacages de nuit, et les allers retours des troupeaux entre ces pacages et les pelouses alpines, ont des effets environnementaux délétères (concentration du piétinement et des fèces, érosion des sols, etc…).
    Ensuite parce que le pastoralisme est aujourd’hui le mode d’élevage le plus écologique qui soit de tout le milieu agricole. Ce sont des pratiques « paysannes » que le monde écologiste défend habituellement et à juste titre. Pourquoi ce n’est plus ou peu le cas depuis le retour du loup?
    Finalement, eu égard aux effets indirects de sa venue et surtout de sa gestion actuelle, le loup produit un résultat contraire à la raison avancée pour sa grande protection. Il conduit, indirectement, à dégrader des écosystèmes qu’il était censé restaurer, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes.
    Pour conclure, une étude scientifique de Linnel et al., de grands amis et spécialistes du loup, annonce clairement qu’on ne peut justifier la conservation du loup sur des critères écologiques car ce n’est pas vrai, mais sur des critères idéologiques.Alors là, cela change tout. Et je vous laisse imaginer ce qu’on pourrait dire la dessus…

    bien cordialement à tous, opposés ou défenseurs de la gestion actuelle du grand prédateur

    Michel

  4. Patrick du Gard says:

    La question du retour naturel des loups ou de leur réintroduction n’est pas si anodine et la conclusion pas aussi simple.
    Tout d’abord, c’est une version officielle qui veut que les loups (les loups au pluriel car c’est minimiser sa place que d’écrire son nom au singulier) soit revenu naturellement dans les Alpes via l’Italie. Cette affirmation est fausse factuellement puisque les loups étaient déjà présents dans le Var sur le camp militaire de Camjuers 3 ans avant la date officielle. Les données de l’ONCFS et l’enquête le prouvent… et la rigueur scientifique se doit de prendre ses faits en considération au risque de se décrédibiliser. La situation est identique avec l’arrivée « spontanée » des loups au coeur du Parc National des Cévennes, là où les éleveurs de moutons et les chasseurs dans les garrigues gardoises/ardéchoises n’ont pas vu l’ombre de la queue d’un loup… Curieux, non ? Les loups auraient-ils volés ou bien auront-ils fait du stop ?
    Par ailleurs, si nous n’avons pas de preuve rigoureuse de son retour naturel, nous avons des témoignages de lâchers clandestins de loups dans le Mercantour (cf émission de France Inter, secrets d’infos : omerta sur les loups ») et de fort soupson avec des vidéos de loups retrouvés dans des endroits improbables (comme la Dordogne), n’ayant pas peur des hommes, voir même se réfugiant dans des bâtiments (comportements pas très « sauvages » !).
    Pour finir, les loups et leurs hybrides, c’est un sacré business pour les éleveurs de… loups et d’hybrides ! Cf. la fermeture de deux centres d’élevages clandestins de loups et d’hybrides en Italie au début de cette année représentant 229 animaux de type « canis lupus » (sur les 360 recensés en France, je vous invite à juger du rapport) : http://gazzettadimodena.gelocal.it/modena/cronaca/2017/01/13/news/serra-allevamento-illegale-sequestrati-229-cani-1.14706811?refresh_ce
    En conclusion, la question qui s’impose aujourd’hui est la suivante : pourquoi l’ONCFS ne demande pas des analyses génétiques sur l’hybridation des « loups » ? D’autant qu’une règle de la Convention de Berne est de supprimer tous les animaux hybrides ! Et pourquoi reprend-on à l’unisson la fable du retour naturel alors que tant d’éléments ne corroborent pas cette hypothèse ?

    • Sylvie Berthier says:

      Je vous remercie pour votre commentaire. J’espère que d’autres contributions viendront répondre à vos multiples interrogations.

    • ouragan says:

      « Le retour naturel du loup paraît plus que plausible, étant donnée la proximité de la population lupine italienne »
      Très bonne remarque, même si l’intérêt du retour naturel ou non du loup aujourd’hui est moindre, il faut toutefois s’interroger:
      Comment se fait il que les attaques dans les Alpes Française aient commencées avant les attaques dans les alpes Italiennes ?
      Comment se fait il que le loup dans les Pyrénées soit d’origine Italienne et non Espagnole alors qu’un vaste zones sans prédation ni présence a été observée entre les Alpes et les Pyrénées?
      Comment se fait il qu’une vaste zone sans prédation et présence de loup a été constatée entre les Apennins (Massif Italien) et les alpes? Surtout lorsque l’on sait que les autorités italiennes en la matière affirment que les loups des Alpes n’ont aucune connectivités avec les loups des Apennins et qu’il convient de les classer en 2 populations distinctes.
      Comment se fait il que la convention de Berne demande aux autorités Italiennes de faire cesser les lâchers de loups et les élevages en Italie?
      Comment se fait il que le premier loup abattu dans le Mercantour en 1987, alors que les éleveurs se plaignent déjà d’attaques hors normes sur leur troupeau, que les analyses que nous avons mis plus de 12 ans à obtenir signale un loup d’élevage ?
      Comment se fait il alors que les indices de présence des loups sur les carte ONCFS dans le camp de Canjuers date elles des années 93, avec des indices pendant plusieurs années ?. Alors pourquoi attendre 2001 pour officialiser sa présence en 2000 ? Aucun éleveur n’a été avertit de cette présence. Pourquoi Marboutin chef du service loup à l’ONCFS at’il menti en affirmant en privé que le loup dans canjuers était présent en 93 alors qu’en conférence il parle seulement de 96 ?
      En résumé : en 2000 sa présence est officialisée et l’indemnisation et les aides aux éleveurs qui ont déjà perdu depuis 91 plus de 3000 bêtes sont débloquées.
      En 1996 pour les personnes averties des indices de loup sont pointés sur la carte ONCFS
      En 1993 le premier indice est noté sur la carte mais personne n’en parle alors que les éleveurs crient aux loup depuis 1991 !
      Geneviève Carbonne en charge du loup ment sous serment à la commission parlementaire en affirmant qu’elle n’est jamais allée dans le var étudier les attaques sur les brebis. Or les éleveurs sont formels, elle est venue, elle a vue puis elle a nié les attaques et sa venue.
      En résumé des 1991 il y avait plusieurs loup dans le var, les attaques ont été meurtrières et les éleveurs abandonnés a leur sort. Geneviève Carbonne en charge du loup pour l’État a étée mandatée pour venir étudier ces attaques dans Canjuers. Elle l’a nié sous serment à l’assemblée Nationale alors que les éleveurs l’ont reçue chez eux pour qu’elle fasse ses constats.

  5. Nous avons tendance à voir les problèmes à partir de notre propre situation.
    Mais les spécialistes de la question de la cohabitation entre les espèces animales sauvages et la vie humaine font remarquer que les dégâts des loups chez nous (et des ours aussi) sont dérisoires par rapport à ceux que causent les éléphants par exemple en Afrique, et auprès de population bien plus pauvres que nous : faut-il détruire les éléphants ? Et les lions, les tigres, les gorilles… ? Et les baleines ?

    On voit bien que si l’on suit le raisonnement de ceux qui trouvent le loup et l’ours inutiles chez nous, on va trouver que tous les animaux qui nous dérangent sont inutiles, et qu’il faut les détruire. Évidemment, ils ne le disent pas car ce serait prendre une responsabilité écrasante dans la destruction de la biodiversité qui est en train de s’effondrer.

    La question qui se pose est de savoir si la nature digne d’exister doit être seulement celle qui nous est utile aujourd’hui, et seulement aujourd’hui dans la situation où nous sommes ?
    Nous sommes en train de détruire la biodiversité sur laquelle nous vivons depuis des millions d’années, la richesse de la vie humaine a reposé jusqu’ici sur cette richesse biodiversité : en la détruisant nous nous appauvrissons, jusqu’où ? Jusqu’à ce que nous ne puissions plus vivre sur notre planète ?
    Car les espèces vivantes qui nous gênent sont innombrables : pas seulement les grands animaux clés de voute des chaînes alimentaires, mais aussi des tas d’autres, insectes et plantes…

    Je nous trouve, nous humains, imbéciles et aveugles : parce que nous avons eu le génie d’inventer la spécialisation et l’exploitation extrêmement productive qu’elle permet, nous estimons légitime de limiter la nature sauvage à ce qui nous convient dans ce moment-même. En oubliant que cette spécialisation nous a été permise par la biodiversité originelle… que nous détruisons !

    Quand nous aurons complètement détruit la biodiversité, comment vivrons-nous ?
    Nous faisons passer nos « petits ennuis » immédiats avant la question de notre survie.

  6. Oui, quelle biodiversité apportée par les loups – dont la survie dans le monde n’est pas menacée ? La question revêt de multiples aspects. La diversité de nos races ovines de montagne ( de faibles effectifs) – fruits de l’œuvre des éleveurs pour les adapter aux conditions spécifiques des milieux naturels des zones « herbagères » me semble avoir un « intérêt  » patrimonial et culturel supérieur à celui de la présence mono spécifique du loup.. mais peut-on plutôt parler de respect.? Je ne reviens pas sur le rappel complet fait par Michel REVELIN sur la biodiversité exceptionnelle et multiple que contiennent les prairies et parcours « entretenus » par le pâturage, à l’opposé des friches , et même des forêts souvent peu diversifiées: biodiversité floristique, en particulier des dicotylédones, particulièrement indispensables pour les abeilles et les autres pollinisateurs., la biodiversité de la microfaune en particulier du sol (dont les lombrics…), et de l’intérêt des milieux ouverts (riches en insectes) jouxtant les forêts pour les oiseaux, dont ceux nichant au sol… Il est utile de rappeler que les parcages de nuit, souvent au bord des ruisseaux, conduisent à l’abandon des secteurs les plus éloignés des parcours et à la concentration des fèces amenant, entre autre, une végétation nitrophile comme les rumex et les orties
    ….cela se voit dans certaines vallées du Mercantour…
    Sans oublier bien sûr l’intérêt des productions locales tirées des troupeaux, et surtout la présence humaine ainsi maintenue.
    Il y a tant à dire. A quand une véritable mise en parallèle des deux biodiversités, celle apportée par les loups et celle apportée par les éleveurs et leurs troupeaux ?
    NB: on pourrait aussi se poser la question pour un autre animal sauvage emblématique de notre pays, le bison européen; pourquoi le cantonner dans un parc en Lozère alors que lui aussi participe à la biodiversité ?

  7. Anthony says:

    Je suis sensible à la détresse des éleveurs, à la préservation de la biodiversité créée par le pastoralisme comme à la biodiversité que représente la présence du loup.

    Je ne comprends par contre pas l’intérêt de s’interroger, encore et encore, sur l’origine du loup en France. Le retour naturel du loup paraît plus que plausible, étant donnée la proximité de la population lupine italienne, la progression des milieux forestiers et l’augmentation exponentielle des populations d’ongulés (cerfs, chevreuils, sangliers) en France depuis une trentaine d’années. Et relayer ce genre de débat ne fait que nourrir l’antagonisme des anti et pro-loup, et ne participe en aucune manière à la recherche d’une résolution du problème.

    Au-delà de l’épineuse question de la cohabitation entre le pastoralisme, ou une forme de pastoralisme, et le loup, il me semble, comme le dit plus haut JP Bernajuzan, que nous devons d’abord nous interroger sur la place que nous sommes prêts à laisser à la biodiversité, et à quelle biodiversité.

    Il n’y a pas de problème avec les animaux domestiques ?
    Pour reprendre les propos de G. Boeuf du muséum national d’histoire naturelle, il y a 10 à 12 000 ans, date de l’apparition de l’agriculture, l’Homme et ses mammifères domestiques représentaient 0,1 % de tous les mammifères de la planète. Aujourd’hui, ils sont, nous sommes, 90 %. N’est-ce pas un problème ?

    A l’heure où les scientifiques tirent le signal d’alarme au sujet d’une 6ème grande crise d’extinction de la biodiversité, la réponse aux difficultés de cohabitation entre l’Homme/son usage de l’espace et la biodiversité ne peut-elle pas résider dans une adaptation de l’homme à son environnement, pour une coexistence des enjeux de biodiversité ?

    Si ns ne parvenons pas à coexister avec les grands prédateurs (loup, ours, lynx, etc.), quel message envoyons-ns effectivement aux pays plus pauvres confrontés à la présence d’autres espèces en compétition avec les usages anthropiques des milieux (éléphants, grands singes, etc.) ?

  8. hervé says:

    Les problèmes de l’élevage seront définitivement réglés quand l’espèce humaine ne mangera plus de viande… C’est pour bientôt… Et, finalement, maraîcher, c’est aussi un beau métier… Sans glyphosate bien sûr 😉

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