Les échos & les threads

Published on 18 octobre 2019 |

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Les échos #31-2019

Par Yann Kerveno

Loin des yeux, loin de controverses médiatiques ? Cet adage s’applique assez bien à la crevette. Quand l’élevage est au menu de tous les médias mainstream, l’aquaculture passe pour l’instant un peu sous le radar d’indignation du grand public. Pour le moment. Le New York Times, qui constate que les Américains n’ont jamais autant consommé de crevettes, a levé un peu le tapis pour regarder dessous. Le secteur (qui pèse déjà 40 milliards de dollars de chiffre d’affaires et doit atteindre les 68 mds de dollars d’ici dix ans) se concentre énormément, le chiffre d’affaires des plus grandes entreprises se compte déjà, d’ailleurs, en milliards. Le plus gros producteur de Chine vient, par exemple, de mettre en route une usine à 109 millions de dollars pour traiter 100 tonnes de crevettes par… jour, dans un process automatisé à 70 %, pelage compris. L’autre grande tendance dans le monde de la crevette c’est l’élevage « indoor », comprenez sur la terre ferme. Charoen Pokphand Foods (CP Foods), multinationale thaïlandaise et acteur majeur (si ce n’est le premier au monde), a annoncé sa volonté de basculer l’ensemble de sa production dans ce nouveau type d’aquaculture qui permet de mieux contrôler les paramètres sanitaires et environnementaux.


Le groupe vient d’annoncer la construction d’une nouvelle unité en Floride, État où est actuellement construit, par un autre groupe industriel, un élevage de saumons sur la terre ferme pour une production attendue de 222 000 tonnes annuelles en 2031.

À l’autre extrémité du spectre, il y a ce papier fouillé que Pablo Manzano, chercheur espagnol, a livré à The Conversation sur la capacité des systèmes pastoraux à fournir de la viande à l’ensemble de la population humaine. Mais à condition que leur consommation baisse (ce qui ne serait pas un mal en terme de santé) dans les pays développés. Le principal avantage, souligne-t-il, c’est que ces systèmes ne nécessitent pas de terres labourables, au contraire des régimes vegan. Dans une étude récente, il avait aussi montré que supprimer le pastoralisme et l’élevage n’avait pas d’impact sur la réduction des gaz à effets de serre (GES) dans la mesure où la vie sauvage herbivore, antilopes, termites, venait par exemple valoriser les espaces laissés libres.

À l’heure où l’on se gratte la tête pour savoir comment il est possible d’atténuer les émissions de GES  (voir l’ambition du programme 4 pour 1000 et la contribution possible de l’agriculture à ce vaste chantier impératif), il va bien falloir enfin faire entrer cette problématique dans les réflexions et sortir des affrontements binaires.


Sinon, vous avez entendu parler des PFAS ? Nouvelle peur pour demain ? National Geographic s’est penché sur le dossier de ces composants chimiques qui se dégradent très mal dans l’organisme et qu’on trouve facilement dans les repas des fast-foods au États-Unis. Fast-food dont la fréquentation assidue augmenterait sensiblement la contamination des organismes. L’Agence européenne de sécurité alimentaire a d’ailleurs rendu des conclusions provisoires dans un premier avis sur le sujet, en décembre 2018, après avoir été saisie par l’Union européenne.

Le gaspillage est lui entré dans le collimateur de la FAO qui a construit de nouveaux outils pour mesurer le phénomène. L’agence de l’ONU est aujourd’hui capable d’affiner ses précédents chiffres qui montraient qu’un tiers de la nourriture produite dans le monde n’était jamais consommé. Aujourd’hui, elle est capable de préciser que 14 % de la production alimentaire ne parvient jamais jusqu’aux étals des commerçants. Une problématique particulièrement criante dans les pays les moins développés. Le rapport complet est là et vous pouvez jeter une oreille au « Temps du débat » consacré mercredi soir au manger local comme un des outils de lutte contre le gaspillage.


Le marché lui ne chôme pas, on a appris récemment que le brasseur Carlsberg avait développé une nouvelle bouteille en… papier pour rendre ses emballages plus durables…

En France, le monde agricole s’émeut déjà de la prochaine livraison d’Envoyé Spécial sur les zones de non-traitements (le 24 octobre) pendant qu’aux Pays-Bas les agriculteurs sont confrontés à la volonté du gouvernement, sous la pression de la « cour suprême » néerlandaise, de modifier la législation sur les nitrates. La coalition de centre gauche a même proposé de réduire la production de porcs de 6 millions de têtes par an (sur 15 millions de têtes) et celle de poulets de 50 millions.


Au Canada, ce sont les embrouilles du commerce mondial avec la Chine qui mettent des bâtons dans les roues des agriculteurs bios comme l’explique Radio Canada. Un peu plus au sud, l’industrie de la viande assigne l’État de Californie en justice parce qu’elle s’oppose aux nouveaux standards de densité dans les élevages, trop lâches selon son point de vue, donc point assez rentables. En Europe, la peste porcine africaine continue de donner des sueurs froides, notamment en Espagne, et GlobalMeat News se demande si la survenue des burgers hybrides (mi-viande mi-végétaux) relève uniquement du cynisme mercantile ou sera la première grande porte par où le flexitarisme entrera dans la norme. Bref, si c’est du simplement du business ou une innovation promise à un bel avenir.


Enfin, on ne sait encore comment les Anglais vont se désarrimer de l’Europe, mais ils sont en train de faire leurs preuves en tant que vignerons. Principalement producteurs de blancs et de pétillants, les vignerons anglais pourront peut-être bientôt produire des rouges de qualité grâce à un nouveau cépage : le divico. Développé en Suisse, ce cépage est testé depuis trois ans au Royaume-Uni. Ses qualités ? Sa floraison survient début juin, a priori à l’abri des gelées tardives et dans un créneau favorisant la pollinisation. Il est aussi naturellement résistant aux champignons qui se plaisent tant dans les atmosphères humides. Ses qualités organoleptiques font en plus de lui un successeur désigné du pinot noir dit-on outre-Manche.




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