De l'eau au moulin

Published on 28 septembre 2018 |

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[Transition : repères pour réussir] Vers une approche systémique (2/4)

Philippe Cousinié, Ingénieur agronome et animateur Réso’Them transition agro-écologique de l’enseignement agricole, philippe.cousinie@educagri.fr

La notion de transition reste encore mal comprise. L’objet de ces articles est de présenter des repères pour mieux l’appréhender. A partir du déséquilibre mondial, nous nous sommes interrogés sur notre modèle de vie et la nécessité de réussir la transition (voir article 1/4), ce qui nous a amené à définir la transition comme un système de champs d’application et des ruptures nécessaires au changement.

La notion de transition reste floue et peut recouvrir plusieurs visions selon les auteurs ou les décideurs. Il existe un concept scientifique de la transition quand on parle de systèmes. Elle peut être entendue comme le « processus de transformation au cours duquel un système passe d’un régime d’équilibre dynamique à un autre régime » (Bourg et Papaux, 2015). Il s’agit là d’un modèle générique qui a donné lieu par exemple à la notion de transition démographique (Chabot, 2015).

Par rapport à l’état planétaire et à la protection de l’environnement, il existe, selon nous, deux grandes approches de la transition que l’on pourrait qualifier de complémentaires.

L’approche de la transition la mieux connue est celle de Rob Hopkins qui a rendu le terme populaire à la fin des années 2000 (lire l’encadré). Sa caractéristique est de se baser sur l’initiative citoyenne et le développement local.

La seconde approche est celle de l’action publique qui est politique et descendante. C’est celle de la transition écologique et solidaire en France ou de la transition énergétique. Cette approche a été conceptualisée (Theys, 2017). Elle englobe l’environnement et le développement économique. Elle peut parfois inclure la sphère sociale, la culture et l’éducation (Bourg et al., 2016).

Le fait que différents champs soient reliés les uns aux autres m’amène à proposer une approche systémique de la transition. Elle permet de resituer la transition agroécologique comme toute autre transition (écologique, énergétique, culturelle).

Des questionnements fondamentaux sur la vie et pour la vie

Les menaces de l’homme sur la vie et pour la vie de l’homme sont de plus en plus graves. Des études sur la fertilité humaine indiquent que la densité en spermatozoïdes a diminué de 50 % à 60 % de 1973 à 2011 (Levine et al., 2017). Selon différentes études, le quotient intellectuel baisse depuis 20 à 40 ans selon les pays (Bratsberg et Rogeberg, 2018) et les prévisions en matière d’espérance de vie sont pessimistes avec une baisse vérifiée aux Etats-Unis (Le Monde du 16 août 2018). A cela s’ajoutent les pertes massives de la biodiversité déjà évoquées (voir l’article 1/4 de cette série : Changer, une nécessité).  Le rapport de l’homme à la vie est donc capital dans la mesure où la survie de l’humanité et l‘état de santé de tous les êtres vivants sont en jeu.

D’autre part, les effets de l’activité l’homme sur la biomasse et sur les ressources naturelles le renvoient à sa responsabilité dans la préservation de son territoire ainsi que de sa santé donc au choix d’activités durables dans l’agriculture, l’élevage et l’industrie.

L’éducation et la culture jouent également un rôle majeur pour responsabiliser l’homme dans l’ensemble de ses actes, comportements et pensées afin de respecter la nature et la vie. L’éducation du futur devra œuvrer pour ouvrir les consciences aux valeurs universelles (Morin, 1999), apprendre à penser et à interroger les savoirs.

Les choix techniques, par exemple l’obsolescence programmée des machines, outils et objets manufacturés, les emballages, tels que les plastiques, constituent une question environnementale cruciale.  Le philosophe allemand Hans Jonas a développé le principe de responsabilité de l’homme afin de questionner les choix technologiques et l’autonomie des systèmes techniques (Pinsart, 2015).

Enfin, le choix des aliments impacte directement le climat et les ressources naturelles. L’acte de se nourrir a donc une dimension éthique et appelle une prise de conscience des effets des choix alimentaires sur l’environnement (RFEA, 2017).

C’est ainsi que divers champs, par exemple l’agriculture ou l’alimentation, se trouvent questionnés lorsque l’on veut penser la transition. Nous verrons que chacun de ces champs appelle de nouvelles définitions et de nouvelles interrogations.

Je fais l’hypothèse que la notion de champ permet de mieux comprendre la transition. Cette approche a également l’avantage de relier les champs dans une vision systémique que l’on peut représenter dans une figure.

Les champs de la culture, de l’éducation, de la technologie, de l’agriculture et de l’aménagement du territoire, liés au développement humain, interagissent entre eux et avec l’écologie ou l’énergie. Il est fondamental de comprendre les interactions entre ces champs.

Références bibliographiques

Lire l’article précédent de cette série : Changer, une nécessité (1/4)

Lire l’article suivant : L’exemple de l’agroécologie (3/4)

 

 

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